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Extrait film TDM

Transcaucasienne 2017

Blog Africa'Fred

 

Préparation AfricaTwin

124049 visites
3 hommes 3 motos de légendes

 

A suivre du 1 au 31 mai 2017


 

 

 

 3 HOMMES 3 MOTOS DE LEGENDES.

Plusieurs tours du monde à leur actif, des centaines de rencontres, plus de 50 pays visités, et toujours cette même envie de découverte.

 

L'appel du grand large sans doute. Cet irrépressible besoin de sortir des sentie


...rs battus, de sa zone de confort, vers de nouveaux horizons ouvrant de nouvelles perspectives.

Cette fois-ci départ le 1er mai pour "La Transcaucasienne".

Trois copains pour un mois de raid à moto sur les 3 générations d'Africa-Twin : modèles 1988, 1997, et une flambant neuve 2017.

12000 kilomètres vers les Balkans, la Turquie, l’Arménie, l'Azerbaïdjan jusqu’aux rives de la Caspienne. Puis la traversée du Caucase pour rejoindre la grande Russie et l'Ukraine...

Trois complices aux profils complémentaires pour partager, et vous faire partager, cette aventure hors norme : Jo le mécanicien , Didier le photographe cameraman et Fred le rédacteur .

L'histoire sera belle à n'en pas douter.

 

 

J-24 avant le départ de notre périple "Transcaucasienne".


Quelques petites informations sur le road trip du 1 mai au 31 mai.


Un voyage qui va nous faire traverser une vingtaine de pays d'Europe et de l'Asie centrale.


Une première partie du voyage via l'Italie pour prendre un ferry afin de traverser la mer Adriatique pour rejoindre Dures en Albanie.

 

Ensuite nous progresserons par la Macédoine et la Grèce pour une première étape du voyage en Turquie dans la ville de Istanbul à la jonction de l'Asie et de l'Europe sur les bords de la mer noire.
Après la découverte de la Turquie qui sera le vrai point de départ de notre road trip, nous prendrons la direction du " Caucase" avec la Georgie comme point de mire. Suivront ensuite l'Arménie et L'Azerbaïdjan jusqu'à Bakou au bord de la mer Caspienne.


Plan A : Trouver un bateaux pour traverser la mer Caspienne et rejoindre Aktau au Kazakhstan.


Plan B: Si problème de traverser retour en arrière sur la route militaire et contourner la Tchetchenie pour l'unique passe entre la Géorgie et la Russie. Cette zone est toujours en conflit et c'est avec prudence que nous progresserons pour remonter vers le Nord et retrouver la frontière schengen de l"Ukraine.


A partir ce ce point nous entamerons la fin de notre parcours par la Moldavie, la Roumanie, la Serbie, Bosnie, Croatie.
En fonction de la date et des aléas du voyage nous aviserons pour les derniers kilomètres. Suisse Italienne, Autriche...


Un périple de 12000 kms que vous pourrez suivre ici


A bientôt pour la suite de l'aventure.

 

 

Veillée d'armes

Les veilles de départ sont toujours des moments particuliers, excitation entre impatience d’y aller, stress de peur d’oublier quelque chose, et se dire qu’il serait tellement plus simple de rester à la maison plutôt que d’aller se confronter à l’imprévu. Etrange tout de même, car c’est justement cette quête de la découverte qui pousse à partir, celle-là même qui force à sortir de sa zone de confort et s’enrichir de tranches de vie à nulle autre pareille.
Reste à fermer les sacs de voyage après s’être bien assurer que tout y est au bon endroit, prendre cartes et passeport, graisser les bottes et les gants une dernière fois, et tout simplement se réjouir de partir.
 
C’est pour demain et ça va être unique !

lundi 1 mai 2017

La mine d'Alain

Rouler sur la levée de La Loire est une invitation au voyage. Sous un ciel chargé, entre les nuées les bras du fleuve scintillent parmi les bancs de sable joliment dessinés par les courants. Ici et là des bois flottés échoués sur les grèves comme des sculptures aux formes parfaitement polies, poussés par les flots au gré des crues annuelles. Puis, plus loin, taillée dans les falaises de craie, les maisons troglodytes dont certaines encore habitées.
A peine partis pour un long voyage que nous y sommes déjà. L’esprit s’évade, confusion des sentiments entre l’appel du large et la jouissance de l’instant.
 
Les kilomètres s’égrènent doucement et sous de violentes rafales nous abordons les contreforts du Massif Central par une vue à couper le souffle sur la Chaine des Puys. Plusieurs lignes d’horizons magnifiquement dessinées dévoilent les formes sensuelles des grands Volcans d’Auvergne. Souvenir des manuels scolaires au chapitre géologie. Association d’allégories fantastiques de temps préhistoriques où des féroces dinosaures se battaient sur fond d’irruption volcaniques.
Sous le Puy de Dôme nous passons Clermont Ferrant pour rejoindre Brioude où nous accueillent Isabelle et Alain.
Leur très jolie maison à flanc de coteau offre une merveilleuse perspective sur la vallée de l’Allier. Bel endroit de villégiature pour passionnés de grands espaces encore sauvages, et de moto tout terrain.
Alain, le frère de Didier, est un personnage haut en couleur. L’œil rieur il nous convie au tour du propriétaire.
-       Venez donc voir ma mine.
-       Ta mine ?
Certes il a l’air en bonne forme, mais ce n’est à l’évidence pas de cela dont il est question…
-       Oui, ma mine d’amiante.
Curieux nous faisons le tour de la maison pour découvrir, à même la paroi rocheuse, une excavation dont l’entrée est matérialisée par un solide linteau bétonné. Nous entrons dans la cavité. Le temps de nous familiariser avec la pénombre apparait une veine de plusieurs dizaines de mètres dans une roche friable où se distingue clairement les filons d’amiante gris et cendreux.
Devant notre étonnement Alain nous compte une histoire peu banale :
Au moment d’acheter la maison, juste quelques heures avant la signature chez le notaire, un voisin est venu les prévenir qu’elle se situait sur une mine exploitée dans les années 40 par le Régie Renault, à l’époque pour le compte de l’occupant.
Au sortir de la guerre elle fut désaffectée, cachée sous les gravats puis, la végétation ayant repris ses droits, oubliée. Mais l’histoire a ressurgi avec la mort des précédents propriétaires de la maison, tous deux récemment décédés, semble-t-il d’un cancer des poumons.
-       Et vous avez quand même acheté ?
-       Ben oui (tout sourire, comme s’il s’agissant d’une bonne blague), pas cher, et puis on a cherché la mine disparue, pour finalement la redécouvrir il a quelques semaines, après des milliers de m3 déplacés.
-       Et ça ne vous fait pas peur ?
-       Tu parles, l’ancien exploitant vit toujours au village. Il a plus de 90 ans et se porte à merveille.
-       Oui, mais le

 

Et les anciens propriétaires ?
-       Tous deux de grands fumeurs !
 
Allez, portez-vous bien. Et à très vite pour la suite.
 

mardi 2 mai 2017

Sport d'hiver

 
 « Avec tous ces Spoutniks y’a plus d'saison mon bon m’sieur ! »
 
La journée avait pourtant bien démarré sous un soleil presque radieux irradiant la vallée de l’Allier que nous enjambons sur l’exceptionnel pont suspendu de Saint-Ilpize, ouvrage d’art typique de l’ère préindustrielle. A cette époque tout semblait alors possible. Le progrès était en marche pour le meilleur. Certes il arriva. Mais aussi le pire avec la première guerre mondiale, premier carnage industriel, puis sa revanche après la montée des périls nationalistes. Autre temps, autres mœurs ? L’histoire est parfois têtue. A l’aube de l’ère numérique, de nouveau le monde ressemble à une poudrière et les peuples Européen semblent frappés d’amnésie, laissant prospérer les idées populistes les plus funestes.
 
Nous sommes le premier Mai, pourtant cette nuit il a neigé.
Dès 800 m d’altitude les conifères ont revêtu leurs atours de sapin de Noël. La température descend jusqu’à 2° et nous devons stopper pour enfiler une couche supplémentaire, occasion d’une partie de boules de neige comme des potaches en goguette. Il nous en faut peu.
Tout juste redescendu du Massif-Central nous rebondissons sur les contreforts des Alpes aux sommets fraichement poudrés perdu dans les brumes d’altitude, magnifiques tableaux d’une nature encore à l’état brute qui me rappelle à d'autres aventures. Il fait froid et rien n’est alors meilleur dans un road trip à moto que de s’arrêter au troquet de bord de route siroter un capuccino ou chocolat chaud bien mousseux, l’occasion de parler de nos vies et du plaisir de voyager sans autre but que de découvrir le monde avec des yeux d’enfants et des fous rires d’adolescents, tout étonné de garder un esprit si jeune dans des corps déjà vieillissants. Et se demander de combien de temps la vie va nous gratifier pour profiter de ces instants précieux.
Nous redescendons le versant Italiens des Alpes sous un ciel de traine encore encombrés de lourds nuages de pluie. Le paysage est détrempée, la température remonte à peine et l’humidité engourdit les articulations inhabituellement sollicitées après de longues heures de moto en mode hivernal.
Petit arrêt, recherche de l’hôtel le plus proche sur google maps (la révolution numérique qu’il disait…) 
A seulement 3 km l’Hôtel Zenit. Nous tombons sur un « gourbi » des années 70 où deux longues tablée de jeune Africains dévorent un généreux plat de pâtes. La patronne qui respire la gentillesse nous accueille chaleureusement dans cette drôle d’ambiance. Tous ces jeunes hommes, des réfugiés semble-t-il, ont échoué ici pour le moment, attirés par l’Eldorado Européen, autre challenge pour les citoyens de notre continent.
Nous ne faisons que passer avec nos « belles machines ». Ils nous regardent sans doute avec envie. Nous ne pouvon

mercredi 3 mai 2017

On n'a pas vu l'ours

 
Plutôt que de rejoindre les Balkans en traversant l’Adriatique depuis Ancône, un changement d’itinéraire de dernière minute nous conduit à traverser la Slovénie pour rejoindre rapidement Zagreb (Croatie) par l’autoroute. Rien du terrain de jeu idéal pour nos machines, surtout la mienne de 30 ans d’âge. Mais au moins, à 120 km/h cela permet de laisser l’esprit s’évader tout en avalant les kilomètres sans trop penser au mal aux fesses, le point sensible du motard au long cours lorsque la monotonie de la conduite s’installe sur ce type de route.
 
Tout petit pays de 2 millions d’habitants issu de l’éclatement de l’ex-Yougoslavie, la Slovénie est le « bon élève » des Balkans pour son intégration rapide dans l’UE et le succès de la transformation de son économie.
Deux autoroutes traversent en diagonal ce pays propret, comme de jolis rubans tirés avec soin dans des paysages forestiers et montagneux aux perspectives parfaites, refuges des fameux ours. On a bien regardé, mais on ne pas l’a vu…
Autant depuis l’Italie la rentrée en Slovénie s’effectue sans même s’arrêter, il en va tout autrement pour passer en Croatie : longue queue de voitures pour le contrôle des passeports, et dans l’autre sens, pour donc y rentrer, sur des kilomètres une interminable files de camions. Comme quoi, entres voisins issus d’un même pays, rien n’est encore simple. Et illustration pratique des bienfaits de l’Europe pour ceux qui veulent bien adhérer à ses valeurs. Bien sûr que certains esprits chagrins continueront de diaboliser l’Europe-passoir, sans reconnaître tous ses bienfaits, tant en terme de stabilité politique que de développements économiques et culturels dans toutes leurs diversités.
 
Passé la frontière nous nous concertons pour trouver un hôtel. Ouverture de l’appli « Trip Advisor », recherche des hôtels les plus proches, classement par prix pour ce soir, puis guidage GPS automatique jusqu’à destination. J’en vois qui rigolent. Pas très « aventure » mais super efficace. Alors tant que ça marche pourquoi s’en priver ?
Evidemment en arrivant prix proposé n’a rien à voir avec l’annonce internet. On ressort l’appli pour montrer l’info à l’hôtelier qui s’aligne aussitôt.
Dans un Anglais parfait le réceptionniste nous demande notre destination : Istanbul, Bakou, la grande Russie. Il a des étoiles dans les yeux.s que leur sourire.

jeudi 4 mai 2017

Dans les Balkans vers Sarajevo

 
Quittant le Croatie pour entrer en Bosnie, nous nous enfonçons doucement dans les Balkans vers Sarajevo. Routes à « virolos » très plaisantes à moto dans des paysages de moyenne montagne parsemés de villages bucoliques où les gens marchent à pied. Scènes typique d’une économie basée sur une modeste agriculture.
D’une localité à l’autre les mosquées succèdent aux églises et parfois même se côtoient. Très peu de femmes voilées, assises avec les hommes aux terrasses des cafés. Pourtant se dégage de ces gens une sorte de mélancolie, stigmates d’une guerre civile pas encore effacés où des voisins se sont affrontés pour de mauvaises raisons, traces de violence encore visibles sur de nombreuses constructions. Et tous ces cimetières récents en périphérie des communes… On ressent comme un malaise difficile à dissiper.
 
Nous rejoignons Sarajevo en fin d’après-midi. Ville Olympique des jeux d’hiver de 1984, puis ville martyre assiégée pendant 4 longues années par les nationalistes Serbes au début des années 90. A l’époque une honte pour l’Europe et son incapacité d’agir. Entrant dans la capitale on comprend assez vite comment cela fut possible, tant elle est enclavée entre les reliefs montagneux.
Rejoignant le centre-ville les souvenirs me reviennent en masse : c’était l’été précédant les olympiades de 1984. Avec mon complice Franck, nous avions entrepris un tour d’Europe en voiture. Lors de notre passage à Sarajevo j’avais été arrêté en train de prendre des photos dans une zone interdite, puis m’était évadé. Un grand moment d’émotion. Nous avions alors rapidement poursuivi notre aventure vers la Roumanie de Ceaucescu, et, au terme d’un périple mémorable au cœur du pays en dehors des sentiers battus (et autorisés), nous étions faits expulser pour 10 ans. Le contexte géopolitique de l’époque n’était pas simple non plus…
 
Des quelques pas faits ce soir dans Sarajevo se dégage d’ici une belle énergie. Mélange de cultures d’une population jeune qui veut passer à autre chose. Agréable contraste avec les campagnes encore groggy de ce qui est arrivée il a y tout juste une génération.
Comme si, pour les gens de la terre, le temps passait plus lentement.
Comme si, pour les citadins, les pages se tournaient plus vites. 
 
 

vendredi 5 mai 2017

Srebrenica

 
De Sarajevo nous décidons de poursuivre notre voyage vers Srebrenica.
La jolie route de montagne nous conduit vers des prairies d’altitudes où paissent paisiblement de modestes troupeaux. Sous la lumière de midi, quelques maisons en bois regroupées par 2 ou 3 donnent au paysage des allures de western. Puis la route continue de serpenter à travers de denses forêts de conifères aux senteurs de résines où sont disposées par groupes d’une quinzaine des ruches jaunes et bleues. Rien ne semble devoir troubler ces paysages bucoliques ou quelques hommes aux visages burinés vaquent à leurs occupations pastorales.
Puis l’on redescend tranquillement le versant Nord du relief pour rejoindre une vaste vallée. De part en part sur le bord de la chaussée de nombreuses petites stèles à l’effigie de soldats morts au combat.
Au carrefour rejoignant la route principale, plusieurs maisons abandonnées criblées d’impact de balles. Peut-être un croisement considéré comme stratégique.
La vallée se fait maintenant plus étroite. Remontant la rive gauche de la rivière, toujours plus de maisons détruites ou abandonnées, portes et fenêtres simplement obstruées par des planches grossières de ceux qui ont fui et ne sont jamais revenu. L’ambiance devient pesante, presque oppressante tant on perçoit la violence de ce qui s’est passé ici. Puis une première pancarte indiquant la direction de Srebrenica dans une dizaine de kilomètres. Nous roulons maintenant quasiment au ralenti, impressionnés, presque intimidés comme si l’on entrait dans un lieu sacré. Quelques kilomètres plus loin, sur notre droite, en face d’un bâtiment des Nations-Unies, un impressionnant alignement de petits poteaux blancs matérialisant les tombes des plus de 8000 victimes du génocide qui s’est déroulé « ici ». Deux cars scolaires déposent des enfants venus visiter le mémorial. Pour je ne sais quelle raison, nous n’osons nous arrêter ici et continuons notre route vers la ville quelques kilomètres plus loin.
Nous y entrons doucement, presque intimidés.
La place de ce qui est en fait un gros village illustre à elle seule tout le sous-jacent du drame de Srebrenica : cote à cote une Mosquée et une Eglise devant les ruines d’un immeuble, à quelques kilomètres du voisin Serbe.
En contre bas une gargote tenue par deux petits vieux. Nous y entrons par l’odeur alléchée. Sur le fourneau des plats mijotes doucement, exhalant des délicieuses effluves de cuisines. Nous y déjeunons pour rien en dissertant sur les risques de montée des nationalismes, découvrant sur nos smartphones l’édito du journal le Monde contre Marine Le Pen.
 
Nous quittons la vallée par un petit col étroit redescendant vers la Serbie. Poste frontière minables où quelques agents désœuvrés contrôlent nonchalamment les passeports. Franchissant un pont métallique antédiluvien enjambant la rivière Drina nous entrons dans le pays, et dès les premiers kilomètres des signes ostentatoires à la gloire de la grande Serbie. Toujours ce malaise ambiant.
Rejoignant Kraljevo en fin d’après-midi nous finissons chez Vladimir, un ami de Didier qui nous accueille les bras ouverts.
-       Vous arrivez d’où ? (dans un Anglais très correct)
-       De Srebrenica ?
-       Mais vous n’êtes pas passé par la route touristique et le Parc National de Stara Planina ? La route est très plaisante à moto.
Un vrai malaise s’installe.
Puis d’ajouter :
-       Vous savez, il ne s’est pas du tout passé ce qu’on prétend à Sebrenica. Ce n’était que des faits militaires. J’y étais.
Puis, sans que nous commentions d’avantage, Vladimir de remonter à des faits de guerre datant de 1942, quand l’armée Allemande avec massacré toute une partie de population de la ville, posant la Serbie en martyre depuis 3 générations. Le complexe des peuples victimes du populisme de leurs dirigeants…
 
Inutile de polémiquer, nous sommes invités à passer une bonne soirée dans un restaurant typique. Il y a tellement d’autres beaux sujets de conversations à partager entre amis de cultures différentes.
 

samedi 6 mai 2017

Road Trip

 
Nous poursuivons notre avancée vers l’Est.
Sortant de la poudrière toujours sensible des Balkans, nous retrouvons l’Union Européenne extrême Orientale en entrant en Bulgarie pour un rapide transit en direction d’Istanbul, porte de l’Asie. Les kilomètres s’égrènent trop lentement. Mais l’on apprécie les changements de paysages, de lumière, de température au contact de l’air chargé de centaines d’odeurs dont certaines si caractéristique d’une région qu’elles vous transportent les yeux fermés ; la Madeleine de Proust appliqués aux voyages…
 
Les voyages à moto sont aussi ponctués de très nombreux arrêts aux stations-service pour refaire le plein des machines et soulager les postérieurs des pilotes. Disons tous les 250 kilomètres en moyenne, pouvant être plus ou moins long suivant l’état des routes, quand il y a en encore.
C’est aussi l’occasion de boire des cafés sur des tables de fortune et bavarder avec les gens du coin toujours curieux de savoir d’où nous venons et où nous allons. La singularité des voyages à moto attise d’avantage la curiosité des gens, peut-être parce qu’elle est associée à la liberté chérie par tous mais réellement cultivées par trop peu d’entre nous.
Et c’est justement lors d’un de ces arrêts que mes compagnons de voyage et moi partons sur un long développement, sur un mode léger, du bonheur de voyager ensemble à moto, et de l’idée que s’en fond « les gens » : rouler, avaler des kilomètres ….
Mais en réalité vraiment rien de tout cela. Rouler pour rouler en moto n’a que très peu d’intérêt, surtout sur de longues distances. Il y a tellement plus confortable.
Et d’en arriver à la conclusion que l’intérêt du voyage à moto réside bien d’avantage dans le voyage que la moto qui n’en est que l’agréable et singulier moyen de transport. Celui qui, léger, offre le plus de mobilité, fait briller les yeux des enfants, et que bien des adultes envient sans jamais oser franchir le pas.
 

Nouveau départ

 
Rouler vers Istanbul est un peu comme rouler vers Gibraltar. Attiré par le magnétisme des lieux de jonction entre deux mondes, on se rend vers le bout d’un monde curieux de découvrir celui qui se trouve de l’autre côté. Tout cela est très excitant, au terme de déjà une semaine de voyage par le chemin quasiment le plus direct à travers les Balkans.
Cette première semaine vaut le voyage à elle seule. Et tandis que l’éloignement des siens commence à se faire sentir, la perspective d’entrer en Asie par la route agit comme un puissant stimulant.
Nous entrons en Turquie depuis la Bulgarie. Formalités rapidement effectuées un jour de week-end. Encore 200 kilomètres et nous voilà dans la banlieue d’Istanbul. Djo est un peu malade, il pleut sur une circulation très dense. Rien de très confortable à moto. Pour couronner le tout, nous perdons Didier notre « capitaine route » de la journée dans le trafic.
Echange de SMS pour se dire qu’on se retrouve à l’hôtel en bordure du Bosphore.
L’œil rivé sur le GPS, l’autre dans les retros pour ne pas perdre Djo, et les deux sur la circulation, je suis scrupuleusement les indications de la machine. Magie de la technologie moderne. A se demander comment on faisait avant…
Descente de nuit sur le Bosphore. Saisissante vue panoramique sur Istanbul, écrin piqueté de « mille » minarets tels des antennes érigées pour communiquer avec le tout puissant.
En route vers le Caucase nous entrons dans un autre monde, déjà impatient de tourner la page ouvrant le chapitre suivant.

dimanche 7 mai 2017

Sur le Bosphore

 
Le Bosphore est de ces lieux uniques que l’on ne se lasse pas de contempler.
Simplement s’installer à une terrasse bien placée, commander un jus d’orange fraichement pressé avec un café turc très légèrement sucré, et profiter de lavue imprenable : à l’ouest l’Europe, à l’Est l’Asie, simplement reliés par un élégant pont suspendu comme le lien délicat, plus que jamais nécessaire, entre les deux continents. Juste regarder, en laissant libre cours à son imagination de voyageur.
 
Déjà plus de 3500 kilomètres parcourus depuis notre départ, à peine le tiers de notre voyage, et un plaisir indicible de se trouver là au milieu de tous ces gens si différents.
L’ambiance cosmopolite d’Istanbul est à peu d’autre pareille. Dans un style différent, New-York peut-être ou San Francisco. Ce sont ici beaucoup de Turcs évidemment, cohabitation des genres et de confessions dans une apparente harmonie tolérante. Mais aussi des visiteurs venus d’ailleurs, d'Asie-Centrale, du Moyen-Orient et d’Europe. Curieusement pas de Chinois ni d’Américains, sans doute rebutés par le contexte géopolitique.
Puis l’on se plait à se perdre dans les bazars où des centaines de commerçantsregroupés par spécialités vendent tous la même chose. Comment peuvent-il bien en vivre ?
Et ces fascinantes Mosquées comme peuvent l’être nos cathédrales pour les visiteurs Orientaux. On y entre pour découvrir des ensembles architecturaux d’une beauté à couper le souffle. Proportion des volumes, effets de lumière, richesse du travail des matériaux, chatoiement des couleurs, chaleur des tapis ; preuve que Dieu lui-même transcende les religions pour permettre aux Hommes de donner le meilleur dans ses lieux de cultes.
17 heures, l’appel à la prière, quand les minarets diffusent, en se faisant écho, les chants entêtant desmuezzines.
L’après-midi tire déjà à sa fin. Nous rentrons le nez au vent par les ruelles de la vielle ville. Les restaurants recommencent déjà à se remplir exhalant des flaveurs de cuisine épicée. Pas difficile de bien diner ce soir en regardant les cartes pour affiner l’itinéraire. Nous finissons tard chez Haziz Mustapha, l'un des meilleurs salon thé de la ville pour fêter l'élection de notre nouveau jeune Président en se disant vivement demain. 
Aborder l’Asie depuis l’Europe à moto à un réel parfum d’aventure.
 

mardi 9 mai 2017

De l'autre côté du Bosphore

 


Franchir le Bosphore par le Pont des Martyrs à quelque chose du rite initiatique, un peu comme celui de traverser la baie de San Francisco par le Golden Gate. Sauf qu’ici la porte s’ouvre sur un nouveau continent plein de promesses pour les voyageurs sur la route de l’Orient.
Le temps est magnifique ce 8 Mai. Caméras « GoPro » installées pour immortaliser ce moment et le partager au retour avec les amis. On y va doucement, histoire de déguster chacun des 1500 mètres de l’élégant ouvrage d’art.
A droite, barrant l’horizon telle une frise orientaliste, le vieil Istanbul.
En contre bas, dessinant d’éphémère sillage d’écume sur fond de mer turquoise, quelques cargos vont et viennent dans le détroit.
A gauche, la perspective vers la Mer Noire. 
Où l’on voudrait que le temps se ralentisse pour mieux profiter de l’instant.
 
Sortie de la mégapole d’Istanbul, on aborde l’Asie mineure par l’Anatolie, en cette saison collines verdoyantes plantées de noisetiers et noyers. Sur la bande côtière, quelques maisons de bois desséchées aux allures des squelettes de poissons devant la mer bleue ce jour-là.
Au premier abord rien ne semble vraiment différent. Mais au fur et mesure que l’on s’enfonce dans les terres, les villages deviennent plus modestes, les routes plus approximatives et les activités exclusivement agricoles. Des gros travaux en cours aussi pour développer le réseau routier, avec de spectaculaires percées dans le paysage. Le progrès est en marche, notion toujours un peu subjective mais qui se matérialise pour la population par une modernisation des infrastructures et un réel désenclavement.
Nous décidons de sortir des sentiers battus. La route devient un routin cahoteux et boueux. Le ciel se charge de gros cumulonimbus près à décharger leur énergie. Les premières gouttes nous invitent à enfiler les tenues de pluie puis à stopper à la gargote du prochain village sous les trombes d’eau. C’est un déluge agrémenté de spectaculaires coup de tonnerres et éclairs striant le ciel de la vallée. Très prévenant le cafetier nous offre thé sur thé brulants fort bienvenus, tandis que le seul client de l’établissement essais d’entamer en Allemand quelques bribes de conversation pour expliquer que plus loin la route n’est plus praticable. Nous verrons bien…
Il faut dire qu’ici, curieux de notre périple, les gens sont d’une extrême gentillesse, à la fois prévenants, serviables et enthousiastes à l’idée que nous traversions intégralement leur grand et beau pays.
L’orage semblant passé nous repartons. Effectivement, quelques kilomètres plus loin la route devient une piste en chantier ravinée par les trombes d’eau et le passage répétés des véhicules. Et la pluie qui recommence, l’occasion d’apprécier la pertinence du choix des pneus tout-terrain montés pour ce voyage. (Pour les motards intéressés, des Michelin Anakee Wild).
 
Nous rejoignons Devrek la nuit tombante. 
Le temps de trouver un hôtel et l’orage repart de plus bel. C’est un véritable déluge agrémenté d’un festival d’éclair qui s’abat sur la ville.
Très heureux d’avoir trouvé un toit pour la nuit.

mercredi 10 mai 2017

Sur la route de la soie

 
 
 Repiquant vers le Sud nous nous enfonçons dans l’Anatolie pour rejoindre le haut plateau du Cappadoce. La bonne route de montagne dessine de jolies courbes entre les reliefs couverts de luxuriantes forêts de conifères. Puis, devenant plus étroite et tortueuse, elle grimpe vers de verdoyantes prairies où s’épanouissent quelques arbres isolés aux ramures spectaculaires. Au détour d’un virage, devant une modeste tente où le patron propose quelques boissons, petits pains et autres fruits secs, une odorante fumée s’échappe de la cheminée d’un samovar installé à l’intention des voyageurs. 
Puis nous bifurquons doucement vers l’Est pour retrouver notre direction naturelle vers la mer Caspienne. Très peu de circulation. Seulement quelques vieux camions et autres tracteurs usées jusqu’à la corde.
De loin en loin des villages isolés devant une ligne d’horizon de moyenne montagne aux sommets encore parsemés de neige. Et à notre grand étonnement, quelques rizières tout juste remises en eau.
 
Comme un rituel nous refaisons le plein, l’occasion de regarder passer les gens dans ces lieux de passage que sont les stations-service où il fait bon prendre un café dans l’ambiance bruyante et poussiéreuse des mouvements de véhicules.
 
Puis l’heure du déjeuner nous invite à entrer dans les villages à la recherche d’une gargote. On y entre tout sourire en demandant s’il est possible de manger quelque chose. Et comme il est impossible de se faire comprendre par le langage, on mime, on dessine, et l’on finit par sortir le petit carnet « G’palémo » où des centaines de dessins contextualisés permettent de se faire comprendre, pour finir avec la spécialité locale, repas pantagruélique aux goûts parfois étranges. Et l’on regarde encore les gens, qui nous observent tout autant, l’occasion d’échanger sourires et regards entendus, finalement la plus belle et universelle façon de communiquer.
Il pleut. Nous repartons tout équipé contre la pluie sous un ciel chargé. La prudence est de mise sur des routes boueuses très glissantes jusqu’à la prochaine station-service pour le deuxième plein de la journée. Un jeune homme chauffeur de bus nous aborde, visiblement très intéressé par les motos. En quelques mots inintelligibles nous croyons comprendre qu’il demande d’où nous venons. De France, lui expliquons nous fièrement. Il a visiblement compris et part dans un verbiage agressif assortis de gestes des plus explicites : tranchage de gorges et piétinement. Moment désagréable. Le vieux pompiste qui assiste à la scène est visiblement gêné. Inutile d’insister. Sans coup férir nous poursuivons notre route.
Déjà 4500 kms au compteur. Demain dernière étape avant d’entrer en Géorgie.
 

jeudi 11 mai 2017

Caravansérail

Nous roulons bon train vers l’Est sur l’excellente route traversant longitudinalement le plateau du Capaddoce. Devant nous s’étale une vaste plaine verdoyante bordée de moyennes montagnes aux sommets encore enneigés. Entre les parcelles agricoles, de majestueux peupliers, comme si les hommes avaient voulu agrémenter ce paysage tout en profondeur d’une note de verticalité. Peut-être aussi pour impressionner les commerçants empruntant cette route de la soie, fil d’Ariane entre l’Asie et l’Europe.
Même si les temps ont bien changé, à l’époque du transport aérien et de l’économie numérique, le lien existe toujours pour les échanges de certaines marchandises. Les camions ont succédé aux animaux de bâts. Le chemin est maintenant une large route au long de laquelle les caravansérails sont devenus des garages-stations-services pour poids lourds, restaurants et hôtels bon marchés pour les chauffeurs. C’est aussi le lieu de commerce et de rencontre des paysans et bergers du secteur, le genre de lieu où il fait bon s’arrêter respirer toute cette agitation. Nous en profitons pour faire le plein et la halte déjeuner dans une gargote prisée par ces gens rudes et authentiques toujours curieux de connaître notre destination, eux pour qui l’Eldorado est plutôt à l’Ouest. Alors à quoi bon aller perdre son temps dans le Caucase ?
 
La large vallée se rétrécie doucement et la routegrimpe régulièrement pour franchir un premier col à plus de 2000 mètres. Ma moto marche mal. De nombreuses ratées doublées de désagréables pertes de puissance. A l’arrêt suivant je consulte Djo pour qui la réponse est évidente : les effets de l’altitude. J’avoue ne pas être totalement convaincu (plus exactement satisfait) mais n’ai pas de meilleurs argument. Nous en profitons pour refaire le plein et prendre un nouveau café dans un gourbi au centre du village. Au beau milieu d’une salle crasseuse trône un poêle sur lequel est posé un samovar en cuivre. Tout autour, des tables où sont assis des hommes brins au cheveux brillants, barbus, la peau tannée. Tandis que l’on nous dévisage, un homme à l’air affable nous invite à boire un thé. Moment d’échange agréable dans un anglais approximatif mais volontaire, avec ce vétérinaire venu travailler ici près des éleveurs des hauts plateaux. Il est heureux, même si sa famille réside à Istanbul. Sous l’œil bienveillant du patron, avec un certain succès un cireur de chaussures propose ses services aux clients.
 
L’après-midi avance. Il est temps de repartir. Sous un ciel menaçant, nouveau col à 2400 m. La moto marche de nouveau normalement. Sans doute l’essence.
Nous terminons à Oltu à la nuit tombante. Comme tous les soirs depuis que nous sommes entré en Turquie, l’orage menace. Le temps de trouver un hôtel minable est c’est le déluge. Seuls les chiens errants restent se faire tremper, molosses assez impressionnants ayant fort mauvaise réputation auprès des marcheurs.
 
Demain nous devrions entrer en Géorgie. La Caucase approche à grands pas.
 

vendredi 12 mai 2017

Welcome in Georgia !

 
 
Toujours sur la route de la soie en direction de la Géorgie, nous dépassons une nouvelle fois le semi-remorque Iranien avec lequel nous sommes en chassé-croisé depuis 2 jours. Echange de petits signes amicaux de voyageurs sachant compter sur l’autre en cas de nécessité.
Après mûre réflexion notre choix est d’entrer dans le pays par le petit poste frontière d’Aktas, le plus à l’Est, puis tenter aussitôt que possible une incursion en Arménie, revenir en Géorgie, pour poursuivre vers l’Azerbaïdjan. Rien de très simple à priori, mais pourquoi ne pas essayer ?
 
Départ un peu difficile ce matin : orage dantesque dans la nuit, débordement d’égout dans la chambre miteuse (plutôt une descente depuis la chambre supérieure…), et chapardage nocturne sur la moto de la Didier (heureusement que quelques outils volés). A plus de 2000 mètres la route est agréable sur des hauts plateaux ou paissent de jolis troupeaux de bovins et de chevaux sur de vastes et grasses prairies parsemés de ruisseaux scintillants.
Etonnamment, quelques kilomètres avant le poste frontière la route n’est plus qu’une large piste de terre rouge où il est agréable de lâcher les chevaux vapeurs de nos machines particulièrement adaptées à ce type de terrain.
Passage de douane sans problème grâce à des agents affables. Nous les questionnons sur notre option de rejoindre l’Azerbaïdjan via l’Arménie.
-       Impossible nous explique-t-on. Même en revenant par la Géorgie, vous serez refoulés par les douanes Azéries qui verront le tampon Arménien sur vos passeports. Les pays sont en conflit vous savez.
Notre temps étant compté, et ne voulant pas manquer Bakou, nous décidons de faire l’impasse sur l’Arménie pour filer directement vers Tbilissi.
Passé le poste frontière impeccablement tenu, l’entrée en Géorgie est un choc. Pour nous, comme un retour en arrière de 4 générations, dans ce pays ex-membre de l’URSS, aujourd’hui indépendant mais sous forte pression Russe. Et d’ailleurs, au poste de frontière un drapeau Européen fièrement érigé au côté du drapeau national, pour bien signifier qui est l’allier.
Les bonnes routes Turques laissent place à des voies défoncées reliant des villages de rustiques maisons de pierres couvertes de tôle ondulée d’où sortent des fumants tuyaux rouillés. Pour délimiter les parcelles, des briquettes de bouses de vaches séchées alignées en murets pour alimenter les poêles. Et tous ces camions et engins agricoles abandonnés donnant au décor des allures de scène de guerre, alors qu’il ne s’agit ici « que » des vestiges de la catastrophe économique issue de la chute de l’empire Soviétique. Avec en arrière fond cette éternelle question : en quoi la liberté est un progrès si elle s’accompagne de la misère ? Seul indice d’optimisme dans ce sombre tableau, les enfants enthousiastes lançant de joyeux « hello-hello » à notre passage au côté d’adultes gris à l’air triste.
 
Le temps se dégrade de nouveau et nous attaquons, sur une route criblée d’innombrables nids de poules, un nouveau col à plus de 2200 m. Sous les bourrasques accompagnées d’une pluie glaciale, la température chute juste au-dessus zéro. Par chance il ne neige pas.
Le jour décline. Nous sommes trempés, allons avoir besoin d’essence et pas la moindre station à l’horizon. La route se dégrade encore et il ne serait pas raisonnable poursuivre de nuit. Par chance, comme planté au milieu de nulle part, un grand bâtiment rectangle d’allure poststalinienne. Aucune autre indication qu’une discrète pancarte défraichie « Hotel-Restoran » plantée sur le bas-côté. Peut-être une aubaine dans ces conditions dantesques. Nos stoppons là. Didier entre par une porte aux allures de sortie de secours. Un quart d’heure se passe sous la pluie toujours battante. Alléluia ! Il finit par ressortir tout sourire. Nous sommes hébergés pour la nuit.
Deux vodkas cul-sec suivies d’un diner parmi des routiers et employés de travaux publics sur un chantier à proximité, notre périple dans le Caucase est vraiment démarré.
 
Zdorovié !
 

samedi 13 mai 2017

Jardinage à Tbilissi


Sous l’œil bienveillant du patron borgne de l’établissement, nous expéditions le petit-déjeuner, impatients de repartir après le déluge de la nuit, sous un ciel radieux dans des tenues sèches. Le confort tient parfois à peu de chose.
Graissage des chaines des motos et direction Tbilissi la capitale de Géorgie.
Des hauts plateaux à l’horizon barré de sommets saupoudrés de neige fraîche, nous descendons doucement à travers une très dense forêt aux centaines d’essences d’arbres parés de leurs plus beaux feuillages de printemps, multiples nuances de verts du plus tendre au presque noir, mariage des formes, complémentarité des ramures, donnant à ce paysage sylvestre des airs enchanteurs.
Traversant un village, à défaut d’avoir pu découvrir le troquet du coin, petite halte devant une modeste épicerie, histoire de trouver un truc à boire. Surprise de la tenancière et de sa fille nous voyant stopper devant leur magasin qui nous offrent une collation de petits gâteaux avec du Coca. Tant de gentillesse spontanée en devient presque gênant quand nous ne sommes capables de rendre la politesse autrement que par de maladroits remerciements un peu surfaits. Comme je l’avais remarqué la veille, je propose une photo posée dans le contexte du magasin qui fait son petit effet. L’expression de ces femmes est alors juste magnifique tant, au-delà de la barrière de langue, elle sublime leur humanité.
 
Toujours criblée de nids de poules, la route s’améliore un peu en approchant de la capitale. Nous longeons d’abord d’anciennes zones industrielles aujourd’hui désaffectées, image digne des meilleurs films d’épouvantes. Seule une usine encore vivante crache une épaisse fumée jaune poussée par les vents vers la ville.
Puis l’on traverse les zones de barres « HLM » de l’époque Soviétique, logements décrépies visiblement toujours habités aux fenêtres desquelles du linge est étendu.
Du point de vue panoramique de la ville émerge le clocher doré de la grande Cathédrale édifiée en 2004 mais dont les travaux intérieurs se poursuivent toujours aujourd’hui, notamment une gigantesque fresque du Christ, dans le plus pur style Orthodoxe, couvrant tout le cœur dont le plafond doit culminer à bien 30 mètres : l’œuvre d’une vie pour les artistes engagés dans un tel projet.
 
Du point de vu religieux également, le passage de la Turquie orientale à la Géorgie est un choc. En quelques kilomètres les minarets laissent place aux clochers. Illustration parfaite, s’il est encore besoin, de comment peuvent aussi naître les tensions entre les peuples. Le passage en Azerbaïdjan illustrera de manière toute aussi magistrale le mouvement inverse. Le Caucase reste de ce point de vu une poudrière dont certaines mèches ne demandent qu’à se rallumer.
 
Les vieux quartiers de Tbilissi gardent un charme tout particulier, avec leurs maisons de briques et de bois, leurs balcons ouvragés en fer forgé de style oriental. Nombreuses sont abandonnées pour des logements sans doutes plus confortables. Il serait dommage que cela disparaisse.
Une fois dans Tbilissi, il faut aussi savoir en sortir… Pour faire simple disons que la ville est bordée d’une importante rivière qu’il s'agit d'enjamber. Or il n’existe que très peu de ponts. Alors quand on ne regarde pas suffisamment la carte avant de partir, et que l’on ne peut imaginer ne pas trouver le prochain pont, on peut faire des kilomètres pour finalement devoir revenir en arrière. Encore plus compliqué lorsqu'il n’y a quasiment pas d’indication. Bref, nous avons bien jardiné 2 heures avant d’en sortir. 
Y’a des jours comme ça...

dimanche 14 mai 2017

Au bonheur des Azéris

 
Quel plaisir de voyager en Azerbaïdjan au contact de tous ces gens enthousiastes ! 
Ne vous méprenez pas. Je ne veux pas tomber dans l’angélisme naïf du voyageur émerveillé par l’exotisme de la nouveauté. Avoir eu le privilège de parcourir le monde dans toutes les directions dans plus de 60 pays m’a permis depuis longtemps de relativiser tout cela. Mais je dois avouer, et mes camarades avec moi, que l’accueil réservé par les Azeris, et leur joie de vivre est peu commune. Et cela est d’autant plus frappant quand on sort de l’ambiance Georgienne tellement triste.
Ici, et même si les gens vivent encore modestement, la qualité du parc automobile en étant l’une des plus flagrantes illustrations, la dynamique de progrès – concept évidemment relatif – saute immédiatement aux yeux : qualité du réseau routier, propreté des villes, entretien des bâtiments publiques, boutiques proprettes et j’en passe.
Egalement peu de gens désoeuvrés. Le pays travaille. Il faut dire que cette petite république issue de l’éclatement de l’Union Soviétique a la chance bénéficier de la manne pétrolière de la Caspienne apparemment bien gérée par un régime oligarchique semblant bienveillant.
Le tourisme est encore marginal. Notre passage à moto suscite partout un vrai enthousiasme presque gênant : coups de klaxon, appels de phares, pouces levés… D’accord, j’en vois qui rigolent en se disant que ce sont en fait des signaux incompris, dont nous aurions bien besoin pour nous rappeler le code route ; surtout Didier. Et bien vous vous trompez ! Non seulement nous n’en avons pas vraiment besoin, mais un pouce levé n’est pas un doigt. On reconnait aussi aisément les coups de klaxon amicaux des rappels à l’ordre. Et bien entendu un sourire reste universel.
 
Même entre eux les Azeris semblent détendues, autre indice de leur confiance dans l’avenir.
Quelques morceaux choisis parmi le florilège de ces deux derniers jours :
Les arrêts aux stations-service (carburant à 70 centimes le litre), où systémiquement les pompistes demandent des photos sur nos machines.
Ce matin, un troupeau de bovins, guidés par un cow-boy à cheval, à contre-sens sur l’autoroute. Et personnes ne s’énerve.
Toutes ces voitures antédiluviennes chargées comme des camions qui fond même sourire les gens du coin à leur passage.
Notre visite sur un marché de ventes de véhicules d’occasion, où les vendeurs rivalisent d’astuces pour essayer de fourguer le même modèle de Lada 2107, ajoutant d’improbables accessoires à cette voiture des années 70 sous licence Fiat. Et qui ouvrent fièrement capots et portières pour nous prendre à témoin de la qualité de leur belle auto.
Ces vendeurs de volailles vivantes et de fruits, tout sourire, sur les bas-côtés de l’excellente 4 voies vers Bakou.
Cette gardienne d’oies faisant traverser à la baguette, entre les camions Kamaz, la route à son troupeau comprenant toute une colonie de poussins.
Egalement tous ces enfants fascinés par nos motos, ne demandant rien d’autre qu’une photo assis sur le siège en position de pilotage.
Et cela avait commencé dès le passage de la douane. Alors que toutes les formalités étaient terminées, un sympathique agent me demande de retrourner jusqu’au « no-man’s land », 300 m en arrière par le sens interdit. Surpris j’hésite un peu, mais il insiste. Me voilà donc à contre-sens sous l’œil médusés des passagers de véhicules dans la file d’attente. J’arrive finalement au premier contrôle et Hussein, c’est son nom, qui est déjà là je ne sais comment, me demande de poser fièrement sur ma moto devant ses collègues envieux. Clic-clac et je repasse cette fois-ci sans plus de contrôle les 3 check-points pour entrer officiellement dans le pays sous l’œil cette fois-ci amusé des passagers dans la file de voitures.
 
Nous arrivons ce soir sur Bakou. La moto de Djo fonctionnant parfaitement avec un cocktail essence-gasoil concocté lors d’une fausse manip au dernier plein. A peine une petite fumée bleue à l’accélération.
Déjà 6200 km au compteur. La suite demain, avec notre émouvante arrivée à un « bout du monde ».
 

lundi 15 mai 2017

On est allé jusqu'à Bakou !

 


Au départ nous nous sommes dit, on va vers l’Est jusqu’à Bakou. De là-bas nous reviendrons un peu vers l’Ouest pour attaquer, vers le Nord, la traversée de la chaîne du Caucase par la fameuse et unique passe aujourd’hui possible : la « Georgian Military Road » et son col à plus de 2500 m entre deux sommets de 5000 et 4500 m. Du grand spectacle attendu si la météo est clémente.
Puis en cours de route, le temps (pour être tout à fait honnête mon temps) étant compté, à regret nous sommes dit, tant pis pour Bakou, en imaginant bifurquer plus tôt vers le Nord pour gagner une journée.
Comme un fait exprès c’est moi qui roule devant aujourd’hui. Dans quelques kilomètres je vais devoir bifurquer et abandonner définitivement Bakou, laissant cette opportunité pour une autre fois. Une autre fois ? C’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de se rendre à Bakou par la route. Et la prochaine fois ne se représentera peut-être jamais. Je ronge mon frein en imaginant tous les scénarios possibles : rouler plus longtemps pour rattraper le temps passé à Bakou, faire une étape de nuit, ayant impérativement un avion à prendre en Roumanie dans moins d’une semaine.
Par chance il se trouve que c’est l’heure du déjeuner. Je stoppe donc à la première gargote de bord de route quelques kilomètre avant la bifurcation de non-retour et, à peine nos casques enlevés, proposent de tenter de rejoindre Bakou dans le temps imparti à mes camarades, un peu gêné de devoir leur mettre la pression de mes contraintes de temps.
Tout juste ai-je eu le temps d’exposer ma proposition que, tout sourire et comme un seul homme, Didier et Jo me renvoient à mes responsabilités :
-       Mais c’est toi qui te met la pression, Fred, nous on n’est pas à un jour près. Et si nous sommes à la bourre pour ton avion, tu n’auras qu’à prendre les devants en te collant tout seul l’étape de nuit.
Evidemment, pourquoi n’y avait-je pas pensé ?
Et tous deux d’ajouter :
-       On s’avait bien que tu finirais par nous le proposer…
Je les embrasse. C’est vrai que nous n’avons plus vraiment besoin de parler pour nous comprendre. Ils n’avaient même pas eu besoin de me soumettre l’idée pour qu’elle vienne comme une évidence, sans que cela n’entraine la moindre tension ou frustration.
 
Allez savoir pourquoi le magnétisme de Bakou agit comme celui d’autre villes du bout du monde telles Vladivostok, Cape Town, Ushuaia, Brest... Un jour on se dit qu’on s’y rendra, puis l’idée ne vous quitte plus. Il y a alors ceux qui en parlent et ceux qui le fond.
Manquer un telle occasion eut été un regret éternel. Nous voilà donc en chemin pour Bakou. Environ 350 km à avaler avant le nuit. Nous avançons bon train sur l’excellente route vers cette ville mythique du pétrole sur la Caspienne, comme un eldorado vers le « Far-East » au bout de la péninsule d’Abseron.
Au cœur de l’Asie Centrale, cette ville portuaire et pétrolière jouit aussi d’une situation stratégique unique à l’origine des biens fantasmes alimentés par la mythologie orientaliste colportée par voyageurs et commerçants.
Le soleil décline doucement dans notre dos, projetant nos ombres sur l’asphalte devant nous, comme pour nous faire aller plus vite. Imperceptiblement la température diminue et l’air devient plus humide. L’influence déjà perceptible de la mer… Puis au détour d’un virage à gauche le grand bleu. Bakou est encore à quelques dizaines de kilomètres. Un vieux derrick à balancier toujours en activité sur une plaine souillée. Puis la route s’élève un peu dans un paysage de désert avant de redescendre vers le littoral pour enfin apercevoir l’anse de Bakou. Nous stoppons là entre la chaussée et la mer pour ne rien manquer de l’instant. En arrière-plan Bakou éclairée par le soleil couchant. Nous nous tombons dans les bras sous les coups de klaxon et appels de phare enthousiastes des camions en route vers la citée « légendaire ». Les gens d’ici ont bien compris ce que veut dire ce voyage pour nous, et cette intense émotion de toucher un rêve. Le temps s’arrête pour un instant à mi-parcours de cette Transcausienne.
(Promis, je vous raconterai Bakou dans une prochaine chronique. La route est longue et le temps me manque aujourd’hui).
 

mardi 16 mai 2017

Bakou

 
Pendant que mes camarades essaient de dépanner les problèmes électriques de la moto de Didier, plus de phare ni de démarreur depuis cette après-midi…, comme promis je vous raconte Bakou.
Pas grand-chose à dire de l’hôtel minable dans lequel nous sommes descendus, ni du patron à l’haleine de chacal complètement ivre à l’heure du petit déjeuner. C’en était presque gênant, à défaut d’être drôle, tant les employés essayaient de faire bonne figure devant les frasques pitoyables du bonhomme également motard. Au moins nous échappions à sa proposition de la veille de nous faire-faire le tour de la ville avec ses copains riders…
Quittant les lieux rapidement, notre objectif est une promenade informelle dans la ville jusqu’à la baie.
L’impressionnante modernité de la cité saute aux yeux en arrivant. Honnêtement assez différent de ce que nous imaginions : larges avenues, bâtiments et immeubles modernes aux élégantes formes curvilignes, musées à l’architecture dernier cri côtoient lieux de cultes et palais de la belle époque parfaitement entretenus. Des zones vertes tirées à 4 épingles agrémentent agréablement ces paysages urbains mêlant les époques.
Trouver son chemin dans une telle ville à 3 motos n’a rien de très évident sans GPS. Après un peu de jardinage dans des quartiers résidentiels puis administratifs, nous débouchons sur le circuit de F1 qui nous mène jusqu’au creux de la baie. Oui, vous avez bien lu. Depuis l’an dernier se déroule ici un Grand-Prix urbain. Nous l’ignorions avant d’y venir.
 
De la baie la vue est saisissante. Au large cargos et tankers en route vers le port de commerce. A l’Est les constructions modernes s’étalent dans une longue frise de béton de verre et d’acier sans faute de gout. De l’autre côté, vers l’ouest, la zone industrielle pétrolière jusqu’à la pointe du cap. C’est ici que les premiers forages mirent en évidence le potentiel pétrolier de la Caspienne. Faute de temps nous n’irons pas explorer ce territoire souillé par plus d’un siècle d’exploitation, aujourd’hui en jachère avec des derricks abandonnés et en cours de dépollution. Au creux de la baie, une belle enfilade de façade de la belle époque devant la vieille ville.
Tout cela donne une réelle impression d’opulence sans le bling-bling superfétatoire.
 
Nous repartons vers la Géorgie pour attaquer la fameuse route transcaucasienne, tout plein fait pour l'équivalent de 30 centimes d'Euros le litre. Pas chère l'essence à Bakou, ce qui est bien la moindre des choses.
Sur notre chemin, arrêt au hasard dans le petit resto de bord de route de Micha, sympathique personnage édenté au regard rieur. Repas à 3 pour l’équivalent de 8 Euros, tout ce qui nous reste de monnaie avant de sortir du pays, et savoureux moment d’échange où, aidés de google translate, nous essayons le Russe, jusqu’au moment où nous saisissons que lui non plus ne le comprend pas. Eclats de rire et chaleureuses poignées de main pour conclure cette agréable rencontre.
 
 
Et pendant ce temps, la moto de Didier est réparée : problème d’oxydation des connecteurs électriques de l’alternateur, réparée en deux temps trois mouvement par Djo notre sorcier de la mécanique, grâce aux « dominos magiques » qu’Alain nous avaient laissé lors de notre passage : un don prémonitoire !
 
La suite demain avec la route Militaire Transcaucasienne, d’après les guides de voyage l’une des plus dangereuses du monde. Je vous rassure tout de suite, nous sommes (très) bien passés. 
Encore un beau moment.
 

mercredi 17 mai 2017

La fameuse route transcaucasienne

 
Reprenant la moto ce matin, je repense à Bakou et son côté cosmopolite qui, au-delà de la cité elle-même en fait aussi tout le charme. Sans avoir vraiment pu échanger avec les gens, barrière de la langue mais aussi faute de temps – je rêve de pouvoir un jour voyager sans devoir compter les jours – la diversité des origines et des cultures saute aux yeux : des Azeris bien sûr, des Arméniens, des Russes, des Chinois aussi, hommes et femmes de toutes générations et de toutes confessions. Ici la plupart des femmes musulmanes sont libérées des attributs islamiques radicaux, donnant l’élan de modernité nécessaire à cette religion pour rayonner positivement comme elle le devrait.
Nous avons donc quitté Bakou avec regret, un peu frustrés de n’avoir pu mieux la connaitre, mais comblés par le simple fait de s’y être arrêté.
Poursuivant notre pérégrination nous voilà de retour en Géorgie en direction de la route militaire transcaucasienne, aujourd’hui la seule autorisée, tant pour des raisons géographiques que politiques.
A l’Est la Tchétchénie, au Nord et Sud l’Ossétie, et tout autour la pluralité ethnique du Caucase sous l’influence de la Grande Russie…
La météo est au beau fixe. Les routes secondaires où nous roulons sont bordées de part et d’autre de chemins bucoliques enherbés entre une double rangée de feuillus ressemblant à des noyers.  On y croise de grands troupeaux de moutons en transhumance sous le regard vigilant des bergers et des chiens.
Puis nous empruntons les routes de traverse pour contourner Tbilissi pas le nord, en réalité un labyrinthe de routins reliant les villages où il est difficile de se repérer avec certitude. Alors on avance le nez au vent en tentant de garder la bonne direction générale jusqu’à perdre l’asphalte pour suivre des chemins muletiers, terrain de jeu idéal de nos Africatwin. Et comme prévu, à la mi-journée nous débouchons sur la fameuse route.
S’enfonçant d’abord dans une large vallée, elle offre le spectaculaire panorama du Haut Causasse et ses sommets enneigés à plus de 5000 m. Au creux de la vallée, le lit de galets d’un puissant torrent, millions de tonnes de roche arrachés à la montagne.
Puis la route en assez mauvais état commence à s’élever franchement avec ses virages en épingle donnant sur de vertigineux à-pics. Nous montons encore. Quelques camions à la peine crachent leur fumée noire comme de locomotives. Beaucoup viennent d’Arménie, croisant les Russes et les Georgiens qui redescendent. Un Iranien également.
Vers 2000 m le paysage devient grandiose, spectaculaire vue panoramique sur les sommets immaculés.
On continue de grimper prudemment en profitant de chaque seconde et de chaque mètre de cette route légende. Par certain aspect elle fait penser à la vielle route du Tiz-in-test sur les pentes du mont Toubkal dans l’Atlas. Sauf qu’ici les camions sont des 35t internationaux se croisant au millimètre sur un étroit routin, alors que là-bas ce ne sont que les petits fourgons du coin.
Au-dessus de 2000 m ma vénérable moto de 1988 s’essouffle un peu. Mais elle grimpe toujours.
2300 m, dernière boucle avant le sommet : nous débouchons sous l’écrasant paysage des géants enneigés perchés pour de 2000 m au-dessus de nous. Les sommets coiffés de jolis cumulus bourgeonnant ajoutent au paysage la touche presque divine des grands peintres.
Installé ici, un grand belvédère de béton du plus pur style soviétique orné de chatoyantes mosaïques allégoriques sur presque 360°. Impossible de ne pas s’y arrêter faire la photo et profiter du paysage et de l’instant.
Puis s’amorce la descente vers la Russie sur le versant nord du col. Prudence étant mère de toutes les vertus, on se laisse couler sur l’étroit ruban rapiécé de mille et une rustines. Il faut avoir un gros cœur pour s’y engager avec un camion. Des dizaines d’étroits tunnels, maintenant condamnés comme des trous à rat s’enfonçent dans la montagne, aujourd’hui shuntés par des petits bouts de route exposés aux éboulis.
Et voilà que la pluie s’en mêle au moment où nous arrivons sur le poste Georgien franchis en 2 temps 3 mouvements. Puis un étonnement long no-man’s land de plusieurs kilomètres pour rejoindre la douane Russe sous les trombes d’eau.
Comme prévu rien n’est simple. Je subis une interview en règle dans un « cabinet » privé : 3 agents visiblement intrigués par mon passeport chargé. Pendant ce temps mes camarades patientent assis sur un banc devant la barrière.
Question importante avant de me libérer concernant la suite de notre parcours. J’explique la suite vers l’Ukraine. Instant de gène de mes interlocuteurs, puis la question que j’attendais :
-       Par où pensez-vous passer ?
-       Nous éviterons la Crimée évidemment.
Et pour être parfaitement certain que nous nous sommes bien compris, on me montre l’option « recommandée » pour éviter les ennuis.
-       Car vous savez que nous sommes en guerre.
Le mot me semble fort. Je confirme avoir bien reçu le message. On me libère. Encore un coup de tampon à la derrière guérite du poste de douane et nous franchissons la barrière de nuits sous une pluie toujours battante.
Bienvenu en Russie !
 
(Au moment de poster cette chronique, au terme d’une journée ubuesque, nous sommes bloqués par les autorités Russes pour entrer en Ukraine… J’essaierai de vous raconter cela demain si j’en trouve le temps, car la logistique de retour devient plus que tendue.)
 

vendredi 19 mai 2017

Odyssée Russe

 
Kilomètre 9100 de notre périple : les hommes sont fatigués et les machines aussi (surtout celle de Didier). La mienne vient de retrouver une nouvelle jeunesse, remettant son compteur à 5 chiffres à zéro en passant la barre des 100 000 kms. Pas mal pour une vénérable machine de 30 ans dans son jus.
Après la traversée du Caucase par la route militaire, des images encore plein les yeux, le transit par la Russie pour rejoindre l’Ukraine devait être une simple formalité. Il n’en a rien été.
 
D’abord ces routes aux interminables lignes droites dans les plaines céréalières avec pour seule distraction l’iconographie soviétique du vaillant peuple Russe, nombreux mausolées en béton peint, parfaitement entretenus, magnifiant les soldats vainqueurs de l’envahisseur nazi, ainsi que paysans et travailleurs ayant permis à la Russie socialiste de se reconstruire.
Heureusement qu’il y eut le plantureux déjeuner chez Malina pour égayer la journée, dans sa petite gargotte jouxtant le bordel pour routiers en mal « d’amour » le long de la nationale.
Et ses petits bourgs poussiéreux que l’on traverse presque sans y faire attention. Parfois une jolie église orthodoxe égaille le paysage de ses coupoles dorées où turquoises comme des bijoux précieux. Les kilomètres s’égrènent doucement sous les averses, et pour ne rien arranger dans la froidure.
 
Nous rejoignons l’autre côté de la Mer Noire, et longeons sa rive nord au-dessus de la Crimée jusqu’au petit poste frontière avec l’Ukraine. Comme un fait exprès, à notre arrivée un violant orage éclate. A moto, impossible dans ces conditions de sortir les documents sous la pluie diluvienne devant la guérite de l’agent chargé du premier contrôle visiblement surpris de nous voir arriver là. L’orage passe. Nous nous représentons. Il nous demande notre laissez-passer. Pas sûr d’avoir bien compris nous présentons les passeports et le formulaire d’entrée en Russie. Mais il insiste : un laissez-passer. Un deuxième agent le rejoint, puis une jeune femme baragouinant l’anglais aidée de Google traduction ; tous sur la même longueur d’onde à nous expliquer que nous sommes en zone de guerre. Nous jouons les veuves effarouchées, expliquant qu’en tant que français cela ne nous concerne en rien, que l’Ukraine est en zone Schenguen, et que donc rien ne nous empêche quitter la Russie par ce poste. Inutile d’insister davantage. Nous ne passerons pas et devons faire un détour de 700 km pour entrer par Belgorod au nord de l’Ukraine.
Déçus mais sans autre choix nous rebroussons chemin et reprenons la route. Au-dessus de nos têtes passent des hélicoptères de combat tandis que sur la route descend un convoi de porte-chars. La Crimée n’est pas loin et la zone visiblement pas complètement apaisée.
 
Le soleil se couche et il est temps de s’arrêter. Toujours des problèmes électriques sur la moto de Didier ne permettant pas d’utiliser les phares.
Au hasard nous entrons dans un village un peu retiré de la route principale. A peine arrêtés pour faire le point qu’un policier vient nous « renseigner ». Cela tombe à pic car nous cherchons un hôtel. Ni une ni deux, nous voilà en convoi jusqu’à un grand et vieux bâtiment, sans plus d’indication, au milieu du bourg.
Véritable fossile de l’ère Soviétique, tout y est : les affiches de propagandes, le comptoir en bois, l’hygiaphone, le vieux salon en velours, les tapis poussiéreux, portes déglinguées et bien sûr l’escalier en ciment. Nous devonsêtre quasiment  les seuls clients.
A l’accueil une jeune femme très zélée se donnant un air sévère. Et la voilà partie dans un délire paranoïaque, copiant toutes les pages de mon passeport de grand voyageur sous l’œil vigilant de nos deux amis policiers expliquant qu’il y a beaucoup de contrôle en zone de guerre. Décidément, ils sont à fond. Pendant ce temps nous étudions la carte pour éviter toute mauvaise surprise sur la route de Belgorod. Nos anges gardiens passent des coups de fils à on ne sait qui pour confirmer l’option choisie. A vrai dire, rien d’autre à faire que d’en sourire sans se moquer. Ce n’est pourtant l’envie qui nous manque tant la situation est caricaturale. Mais bon, nous ne sommes pas chez nous. Et quand bien même…
Dans son genre la chambre de l’hôtel vaut aussi détour : lino marron imitation parquet, tapisserie à fleurs entièrement d’origine, poignées de porte façon cristal et coulures de peinture sur les carreaux. La salle de bain avec évacuation de la douche sous le lavabo. Bref, du 100% CCCP dans son état d’origine.
Le lendemain, après 400 kilomètres de liaison dans l’arrière-pays, et une panne d’essence (je vous laisse deviner qui de nous à la plus gros… réservoir… Si si, c’est bien celui-là qui est tombé en panne – heureusement qu’il y avait la demi-réserve) nous nous présentons aux douanes de Belgorod. Accueil chaleureux et formalités rapidement expédiées. Nous sommes loin des troubles de la Crimée.
Bye bye Russie, welcome in Ukraine.
 
Avec une journée perdue dans ces conjectures, il va maintenant me falloir tracer la route tout seul pour ne pas manquer mon avion de Dimanche en Roumanie. Dommage, nous n’aurons pas le temps de passer à Tchernobyl.
 

Instantanés d'Ukraine

 
Pressé par le temps je m’attendais à une traversée de l’Ukraine en solo pénible : 1500 kilomètres à moto en 2 jours sur des routes approximatives… Mais il n’en a rien été.
Tout d’abord une météo parfaite sur une machine confortable facilite bien les choses.
Puis il y a toutes ces images et ces rencontres inattendues.
 
Si l’agriculture ici prospère, c’est tout de même le choc de deux modèles : d’un côté ces méga fermes de production de céréales, de porc et de poulet. Ce pays dispose d’un potentiel agricole extraordinaire. De l’autre ces toutes petites fermes où, souvent des personnes « âgées » semblent survivre sur des modes ancestraux, de simples petits jardins méticuleusement entretenus sans mécanisation et quelques vaches. Ces gens d’un autre temps se déplacent encore à voiture à cheval, grossiers tombereaux de bois brute avec des roues de voiture, images surréalistes de la confrontation de deux époques digne des « Visiteurs ».
Et tous ces complexes industriels en ruine, innombrables usines désaffectées vestiges de l’Union Soviétique.
 
Les ravitaillements d’essence donnent souvent l’occasion d’échanger quelques mots avec les gens du coin. Intrigué par ce voyageur à moto, ce bonhomme tout sec qui m’aborde et me débite toute une tirade évidemment complètement inintelligible pour moi. Et il insiste comme si de rien n’était. Je tente alors de lui expliquer notre périple passant par Bakou. Il me tombe alors dans les bras, m’embrasse, veux m’offrir des gâteaux et m’inviter à dormir chez lui. Dommage que le temps presse.
Cette nuit, dans le petit hôtel ou je me suis arrêté pour 20 euros diner et petit dej compris, on frappe à ma porte en milieu de nuit. Surpris, dans un demi-sommeil j’ouvre la porte. C’est l’amour qui passe. Je remercie la jeune femme de son attention… puis retourne me coucher comme une masse. Nous nous recroisons ce matin au petit déjeuner, juste l’occasion d’échanger un sourire et puis s’en va.
 
Approchant de la zone frontalière des Carpates où Slovaquie, Hongrie et Roumanie se touchent, le paysage de moyenne montagnes devient plus varié, les courbes parfaites à moto dans les forêts où alternent sapins et feuillus de différentes essences.
A la sortie d’un village, toutes sirènes hurlantes une vielle Mercedes de police me rattrape. Je suis à vrai dire un peu intrigué par la voiture. Mais bon, ils ont bien l’air flics. Deux jeunes gars plutôt affables. L’un des agents me fait comprendre que j’aurais franchi une ligne blanche… Possible mais pas récemment. Je nie. Ils insistent. Je nie de nouveau et tente d’expliquer notre périple. Petit conciliabule et ils me laissent repartir.
Puis de nouveau, à la sortie d’un autre village, cette fois-ci une vraie voiture de flics me rattrapent et m’arrête. Décidément c’est la journée. Plutôt l’endroit, au carrefour de toutes ces frontières où sans doutes les pigeons sont nombreux. Cette fois-ci nous tombons dans la caricature : un jeune gars un peu timide avec gros type transpirant. On me fait comprendre que j’aurais grillé un stop. Très sincèrement je ne vois pas et proteste vigoureusement. Ils me prennent mes papiers et veulent me conduire je ne sais où. Je ne bouge pas puis demande de voir l’endroit de l’infraction. Effectivement, à environ un kilomètre, un panneau stop totalement invisible dans les herbes folles juste avant un passage à niveau désaffecté. Toutes les voitures passent au ralenti pour amortir les secousses de la chaussée défoncée, mais personne ne s’arrête. Ils veulent me faire payer. Je proteste de nouveau avec virulence sous l’œil amusé des villageois assistant à la scène. Le ton monte. J’ai récupéré mes papiers mais ils me prennent la clé de la moto. Les bras croisés je toise le gros méchant en affirmant haut et fort que je n’accepte pas ce « racket », mot que tout le monde comprend. Le petit me redonne ma clé. Au moment de monter sur ma moto le gros met sa main sur son arme de service. A ce moment-là une voiture Hongroise passe sans s’arrêter. Ils se précipitent pour le rattraper. Je ne serai pas le pigeon du jour.
 
Et pendant ce temps mes camarades "patouillent" à la frontière Moldave…
 

dimanche 21 mai 2017

L'amitié entre les peuples

 

C’est fou comme de revenir en Europe fait se sentir à la maison. Se dire qu’on appartient à cette même communauté hissant le drapeau étoilé, espace de liberté et de paix ; de prospérité aussi. Sortant d’Ukraine, l’arrivée en Roumanie donne immédiatement cette impression : routes impeccables, signalétique claire, villages proprets, gens souriants. Il reste évidemment quelques anachronismes du passé pas si lointain de la période Ceaucescu, mais que de changements spectaculaires pour ce « petit » pays depuis son adhésion à l’Union Européenne. Et puis ce côté latin dans lequel on se retrouve si bien. 
 
Je dois me rendre chez Dan A Baya Mare, un ami de Didier et Jo qui m’accueille pour la nuit avant mon vol demain vers Paris. C’est aussi lui qui va gentiment assurer la logistique de retour de ma moto.
Dans une vaste vallée de moyennes montagnes, Baya Maré est dominée par une spectaculaire cheminée semblant disproportionnée. Des flashs clignotants donnnt une étrange aura à sa verticalité de plus de 350 mètres. Plus haute que la Tour Eiffel ! Il s’agit en fait du pot d’échappement d’une usine de cuivre aujourd’hui arrêtée qui dispersait ses gaz toxiques à bonne hauteur au-dessus de la ville. Elle ne tourna en fait que 4 ans tant ses effets étaient nocifs, à tel point que dans certaines conditions les habitants de la ville devaient porter des masques filtrant l’air vicié. Scénario digne du Meilleur des Mondes, quand les Roumains asservit n’étaient que les pions d’un dictateur mégalomane de la pire espèce.
 
Nous sommes invités ce soir à diner chez un ami douanier de Dan et son épouse. Juste le temps de se changer et me voilà partis pour une sacrée soirée.
Le couple nous reçoit ainsi qu’un autre couple de leurs amis. Il y a là aussi toute une flopée d’enfants. Ambiance familiale. J’adore. Le maître de maison est d’un abord sympathique, milieu de la trentaine joviales et gentiment bedonnante, pantalon militaire, tee-shirt à l’effigie du drapeau Américain. Tout juste arrivé qu’il me sert sa « trouspinette » locale, un tord-boyaux de prunes distillées, et nous voilà partis dans des cul-secs entrecoupés de chips et cacahuètes. Chaleureuse ambiance avec musique locale à tue-tête : la dolce-vita Roumaine. A moins que ça n’en soit la fièvre de samedi soir.
Parlant de tout et de rien, on se tape dans le dos et sur le ventre, histoire d’éprouver sa virilité latine en même temps que l’amitié Franco-Roumaine. J’essaie de le questionner sur son boulot. Il nous raconte l’importance de « la tradition » dans ce beau métier, comprenez le billet de 20 Euros glissé dans la liasse de documents pour faciliter le passage en douane des camions, mission ô combien importante de l'agent, et qui lui permet d'arrondir ses fins de mois. Du coup, tout le monde y gagne.
Alors que nous commençons à tous être un peu « fatigués », il nous ressert un verre et nous invite, uniquement les hommes, à le suivre. Descente de quelques marches pour se retrouver au sous-sol de la maison dans une sorte de caverne d’Ali Baba. Est entreposé ici tout un bric à brac d’objets insolites, soi-disant des antiquités, ainsi que bon nombre de bouteilles d’alcools, "cadeaux traditionnels", ou saisies des douanes. Et je ne vous parle pas du petit pressoir électrique dernier cri de notre homme passionné de vin, ni de son alambic artisanal pour extraire l’essence de son nectar.
Et Dan de me commenter sur l’économie parallèle qui se développe en Roumanie. Il y a de l’Italie des années 60-70 dans tout cela…
Allez, encore un p’tit cul-sec pour faire passer, et nous remontons manger les saucisses de monton délicieusement piquantes.
Vers minuit, notre homme revient avec uniformes et insignes que je dois enfiler pour la photo. Un grand moment cette séance de photo façon village people. On rigole beaucoup, on s’embrase, on picole encore. Heureusement que pour éponger il y a un solide et délicieux plat de pommes de terre sautées.
Les enfants dorment sur le canapé. Il est temps de rentrer. On se quitte alors avec la connivence de ceux qui ont un peu dépassé les bornes, juste ce qu’il faut pour sceller l’amitié entre les peuples.
 
Alors que le suis dans un FlixBus vers Angers, rapport qualité-Prix imbattable, aux dernières nouvelles mes camarades sont toujours sur la route en Roumanie, en direction de chez Dan, à réparer des crevaisons multiples. Et devenez sur la moto de qui ?
 

jeudi 25 mai 2017

Epilogue

 


 
21 jours, presque 10 000 kilomètres sur l’Africa-Twin RD04 de 1988, 650 litres d’essence, 5 litres d’huiles, 1 pneu, 15 pays traversés, des centaines de photos.
Sarajevo, Srebrenica, Istanbul, Tbilissi, Bakou, Kiev, et tous ces villages anonymes traversés. Des centaines de sourires, des dizaines de rencontres, des paysages à couper le souffle sur des routes improbables.
Et toutes ces émotions…
Nous aurions aussi aimé découvrir Tchernobyl et Odessa. Dans une prochaine vie peut-être, quand les données de l’équation espace-temps seront différentes, qu’horloge et calendrier n’auront plus la même importance et qu’il deviendra possible de s’arrêter ici ou là, justement parce que c’est ici et là.
 
Ce voyage fut d’une rare intensité, dans une partie du monde où les hommes eurent le génie de développer des cultures si différentes entre « voisins », pour le meilleur et parfois pour le pire.
Partout nous avons été accueillis avec intérêt et curiosité.
Partout nous sommes passés trop vite. Il eut été si agréable de prendre plus de temps. Et pourtant nous avons tant appris ; beaucoup sur les autres, un peu sur nous aussi, quand il s’agit de dépasser ses aprioris, faire face à l’imprévu, trouver l’énergie d’avancer dans des conditions parfois difficiles.
La moto ne fut qu’un moyen. Moyen de déplacement léger au plus près de la nature et des gens. Moyen pour sortir des sentiers battus. Moyen de communication également par le pouvoir d’attraction qu’exercent nos chevaux mécaniques.
Nous aurions aussi aimé aller voir plus loin, attirer par ce magnétisme qui pousse l’insatiable curiosité du voyageur vers de nouveaux horizons.
J’aurais aussi aimé prendre le temps de mieux partager avec vous, chers lecteurs, toutes ces sensations, mieux les traduire en mots plus justes. Mais pour cela aussi le temps était compté.
 
Nous bouclons la boucle, fatigués mais comblés par cette séquence de vie « plus forte », heureux de retrouver les nôtres. 
 
Les retrouvailles sont toujours des moments particuliers, instants magiques où les regards se confondent, intenses émotions quand le petit supplément d’âme acquis donne aux relations une nouvelle dimension. Ne serait-ce que pour cela, voyager en vaut vraiment la peine.
 
 
 
 
 
 
 
 
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